Jouer le jeu du genre: Katniss et les Hunger Games (1/2)

Ceci est le premier volet d’une réflexion sur les rôles de genre dans le premier tome de la trilogie Hunger Games, écrite par Suzanne Collins (2008) et son adaptation cinématographique (Gary Ross, 2012). Par « rôles de genre », j’entends des rôles répartis entre féminin et masculin, assignés aux individus par le système du genre.

Alerte : spoilers…

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Résumé

Hunger Games (« les jeux de la faim ») se déroule dans un futur dystopique et dans un pays, Panem (« pain » en latin), situé dans ce qui s’appelait auparavant l’Amérique du Nord. 12 filles et 12 garçons, deux pour chaque district, sont sacrifié·e·s tous les ans dans un simulacre de jeux romains destiné à rappeler l’asservissement de ces districts à un Capitole tout-puissant et décadent. Les adolescent·e·s sont tiré·e·s au sort et doivent s’entre-tuer au cours d’un reality show diffusé dans tout Panem, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un ou une, qui deviendra riche et célèbre. Quand Primrose Everdeen, 12 ans, est tirée au sort pendant la « moisson », sa sœur Katniss (16 ans) se porte volontaire à sa place. Mais Katniss n’est pas n’importe quel tribut dans les jeux de la faim : elle est déjà une survivante.

Comment ne pas aimer Katniss Everdeen ? Elle est forte, courageuse, intelligente, et elle s’est portée volontaire pour les Hunger Games afin de sauver la petite sœur qu’elle aime plus que tout. Je n’ai qu’un regret : ne pas avoir découvert ce personnage et ce roman quand j’avais 15 ans.

Mais dire que c’est une héroïne forte ne suffit pas à décrire Katniss et à expliquer pourquoi elle est aussi extraordinaire et enthousiasmante. C’est un personnage à part, à la fois dans le roman et dans la littérature jeunesse à grand succès. Sa complexité est en partie due au fait qu’elle échappe aux normes de genre, mais jamais délibérément, en tout cas pas de façon consciente, et y est pourtant sans cesse rappelée par le monde qui l’entoure et les personnages qui gravitent autour d’elle.

Katniss se porte volontaire à la place de sa petite soeur
Katniss se porte volontaire à la place de sa petite soeur

Une société dominée par les hommes et des rôles de genre traditionnels

Bien que situé dans un futur dystopique et post-apocalyptique (Panem est né des restes de l’Amérique du Nord après de multiples guerres et cataclysmes), le roman met en scène une société dans laquelle les rapports de genre rappellent à bien des égards les sociétés occidentales contemporaines. Le film renforce le caractère traditionnel de ces rapports : les premiers plans montrent un District 12 misérable et gris où les hommes travaillent à la mine alors que les femmes restent à la maison. Pourtant, dans le roman, les mineur·e·s sont des hommes et des femmes. Le film montre des districts non seulement misérables mais figés dans le passé, dans un sens beaucoup plus proches de notre monde que le Capitole. De l’apparence physique de ses habitant·e·s à la technologie omniprésente mise au service de la barbarie que sont les Hunger Games, ce dernier représente une version largement cauchemardesque du futur.

The Hunger Games: The Official Illustrated Movie Companion
The-Hunger-Games-Capitol

La famille de Katniss présente une structure traditionnelle ; son père, mort dans une explosion, était mineur, tandis que sa mère restait à la maison. Ce n’est que plusieurs mois après la mort de son mari qu’elle se remet à exercer la fonction d’apothicaire et de soigneuse apprise dans sa jeunesse.

Le pouvoir dans Panem est détenu par les hommes : la plus haute autorité du District 12 est le maire (qui est aussi le père de Madge, la seule amie de Katniss), et le pays est dirigé par le Président Snow. Par contraste, on découvre dans le 3ème livre qu’une femme est à la tête du District 13 et donc de la rébellion contre le Capitole.

Une héroïne qui détone

Tous les personnages ayant une influence directe et décisive sur Katniss sont des hommes : son père, dont elle était très proche, Haymitch, Cinna, le Président Snow, Peeta, Gale… Elle ne laisse pas la seule femme qui lui est proche, sa mère, avoir une telle influence sur elle – au contraire : elle la protège, comme sa sœur, et comme Rue dans l’arène. Alors que sa mère et sa sœur sont présentées comme des soigneuses nées (une fonction traditionnellement féminine), Katniss est très maladroite dans ce rôle mais exerce celui de protectrice, de chef de famille, en remplacement de son père.

Katniss se caractérise dès le début du 1er livre par le fait qu’elle sort des rôles de genre traditionnels. Elle ne le fait pourtant pas de manière délibérée, ni même consciente, mais parce que c’est dans son caractère, et aussi (surtout?) parce qu’elle n’a pas le choix. À la mort de son père, sa mère tombe dans une profonde dépression et cesse de s’occuper de ses enfants, si bien que Katniss (qui a alors 11 ans) et sa petite sœur sont en grave danger de mourir de faim. Elle prend alors en charge la survie de sa famille, d’abord en essayant de vendre des affaires de sa mère, puis en allant chasser illégalement dans les bois, comme son père le lui a appris, et malgré le danger que cela représente. Elle devient une excellente chasseuse, particulièrement habile à l’arc. Elle remplace ainsi son père et fait vivre sa famille, même après que sa mère sort de sa dépression.

Katniss Everdeen, Hunger Games

La mort de son père a aussi largement forgé son caractère : elle est courageuse et déterminée, mais aussi froide, souvent dure, car elle ne peut pas se permettre des sentiments qui la mettraient en danger ou compromettraient la survie de sa famille ; autant de caractéristiques qu’on peut qualifier de « masculines » plutôt que de « féminines ». Son caractère transparaît dans le style de la narration à la première personne : les phrases sont courtes, peu expressives (pas de points d’exclamation, par exemple), factuelles, précises. C’est dans ce style froid qu’on apprend qu’elle a d’abord essayé de noyer le chat Buttercup qu’avait recueilli sa sœur, et qu’elle n’a cédé qu’à cause du désespoir de cette dernière ; pourtant, le chat représentait une bouche de plus à nourrir. Elle déteste ce chat mais reconnaît qu’il s’est avéré utile pour attraper les souris.

Son rapport à tout ce qui ne concerne pas sa mère ou sa sœur est ainsi animé par des considérations pratiques – ou peut-être n’est-ce qu’une attitude destinée à se protéger ? Dans l’arène, quand Peeta, l’autre tribut du District 12, lui demande de raconter son souvenir le plus heureux, elle choisit le jour où elle a offert une chèvre à sa sœur. Pour justifier ce choix, elle conclut : « Je savais que cette chèvre serait une petite mine d’or ». Peeta lui répond alors sèchement : « Oui, bien sûr, c’est à ça que je faisais référence, pas à la joie immense que tu as donnée à la sœur que tu aimes tellement que tu as pris sa place lors de la moisson ».

Katniss_Prim

Katniss pense toujours de manière froide, cynique et stratégique : c’est ce qui lui permet de survivre. Elle pense qu’elle ne doit pas pleurer lors des adieux avec sa famille et son ami Gale, car les caméras l’attendent à la sortie et des yeux gonflés seraient un signe de faiblesse. Elle est d’autant plus étonnée et intéressée que Peeta, lui, ait pleuré et n’essaie pas de le cacher. Elle interprète immédiatement cela comme une possible stratégie de sa part: « apparaître faible et effrayé, pour rassurer les autres tributs sur le fait qu’il ne représente pas de danger, puis se révéler dans le combat ». Tout au long du roman, Peeta est guidé par ses émotions et l’amour qu’il porte à Katniss, alors qu’elle n’est guidée que par son instinct de survie. Il peut se permettre, à la veille des jeux, de réfléchir au moyen de ne pas perdre son identité, pendant qu’elle « rumine sur la présence ou non d’arbres » dans l’arène. Quand elle réalise leur différence d’état d’esprit, elle se sent « inférieure ».
C’est aussi Peeta qui est « doué avec les mots », une caractéristique généralement plutôt féminine : quand ils sont en danger de mourir de faim dans l’arène, elle tente de déclencher une scène émouvante de manière à plaire au public mais a du mal à trouver les mots et à se confier, alors que Peeta le fait avec aisance, sans même se douter qu’il s’agit d’une manière d’obtenir à manger.

Le rappel aux normes

S’il y a bien un endroit où les rôles de genre semblent ne plus exister, c’est l’arène. Les 24 filles et garçons se retrouvent à égalité devant le danger et à aucun moment il n’apparaît que les garçons auraient de meilleures chances de survie, même si Katniss parie plutôt sur Cato ou Thresh, qui représentent la force brutale, pour gagner les jeux. Elle réalise cependant avoir sous-estimé la rusée Foxface, qui s’avère une concurrente redoutable. Quant aux tributs « de carrière » (qui se sont portés volontaires pour la gloire), les filles sont tout aussi surentraînées que les garçons et physiquement très fortes et toutes plus grandes que Katniss (dans le roman tout du moins).

tributes

Pourtant, à partir du moment où elle entre dans les jeux, Katniss est sans cesse rappelée à son statut de fille. Ce rappel s’effectue de deux manières : par le système qui entoure les jeux et par sa relation avec Peeta.

À peine arrivée au Capitole, elle est prise en charge par son équipe de préparation qui la lave, lui fait une manucure et, « surtout, débarrasse [son] corps de ses poils » : jambes, bras, torse, aisselles, sourcils, presque tout y passe.

prep team

Le rappel à la féminité ne passe pas que par son apparence physique : elle subit une pression constante pour apparaître désirable, afin d’être repérée par de potentiels sponsors désireux de la soutenir une fois dans l’arène. Elle comprend d’ailleurs très bien qu’il s’agit d’une question de survie, c’est pourquoi elle est reconnaissante des efforts de Cinna pour la faire paraître séduisante, accepte se plier au jeu et envoie par exemple des baisers au public lors de sa première et triomphale apparition. Elle subit toute une demi-journée à apprendre à marcher avec une robe longue et des talons hauts et à sourire. Son mentor, Haymitch, doit mettre avec elle au point une stratégie pour la manière de se présenter au public lors de l’interview précédant les jeux ; toutes les approches échouent et il conclut : « tu as à peu près autant de charme qu’une limace morte ». Hors de l’arène, tous les tributs doivent séduire le public d’une manière ou d’une autre pour espérer survivre, mais le type de séduction mis en œuvre est largement lié au genre ; elle repère ainsi immédiatement la stratégie de la fille du District 1, avec ses cheveux blonds et ses yeux verts, qui joue à fond la carte du physique. Pour l’interview précédant les jeux, toutes les concurrentes portent une robe, alors qu’elles portent bien sûr un pantalon une fois dans l’arène (la tenue est d’ailleurs largement unisexe). On oublie alors qu’il s’agit d’adolescentes, très jeunes pour certaines: elles sont déguisées en femmes, qui plus est en femmes séduisantes.

Katniss_interview

Glimmer
Glimmer

 

Clove
Clove
"Foxface"
« Foxface »

En plus de cette pression constante (qui disparaît cependant dans l’arène), Katniss est brutalement rappelée à la réalité des rôles de genre par la révélation publique par Peeta, pendant cette interview justement, qu’il est amoureux d’elle. Cette révélation constitue un choc et elle lui en veut d’abord énormément car, selon elle, il l’a fait paraître faible. Haymitch la calme en affirmant durement qu’avant la déclaration de Peeta, elle était « à peu près aussi romantique que la poussière ». On lui assure que Peeta lui a rendu un énorme service en faisant d’elle « an object of love » (l’objet de son amour). Elle se convainc que Cinna l’a rendue belle et Peeta désirable.

Il est frappant de voir à quel point elle se laisse facilement convaincre qu’elle a besoin de l’amour de Peeta pour avoir des chances de survivre, voire gagner. Malgré son histoire personnelle, elle ne montre que très peu de confiance dans ses propre capacités et semble presque s’interdire d’espérer gagner, jusqu’à l’annonce du changement de règles qui autorise deux personnes originaires du même district à gagner ensemble les jeux. Tout est d’ailleurs fait pour lui faire penser qu’elle a besoin de l’amour de Peeta – plus encore, qu’elle doit faire comme si elle l’aimait aussi. En effet, le public est séduit par leur histoire tragique, et Katniss comprend que plus elle joue le jeu (comme elle avait joué le jeu de la féminité à son arrivée au Capitole), plus elle a de chances d’attirer des sponsors et de leur permettre, à Peeta et à elle, de sortir vivants de l’arène.

katniss_peeta

S’il y a une chose que Katniss apprend pendant la longue épreuve que constituent les jeux, c’est la dissimulation. Elle savait déjà masquer ses émotions, mais elle doit apprendre à feindre des émotions qu’elle ne ressent pas, elle si entière, incapable d’abord de mentir. Et cela, largement par la faute de Peeta, qui lui impose ce jeu par sa révélation publique. Il peut bien disserter tant qu’il veut sur l’importance de rester soi, sur le fait que les jeux ne changeront pas ce qu’il est vraiment : c’est bien lui qui impose à Katniss le personnage de la fille désirable, aimée et inaccessible ; bien qu’il n’en soit pas conscient, c’est aussi à cause de lui qu’elle doit feindre d’être amoureuse pour survivre. Même si finalement il en souffre, il a beau jeu de lui reprocher d’avoir joué le jeu, justement.

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On voit donc que l’une des forces du roman est de mettre à distance les normes de genre et de les présenter pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des constructions. Elles sont vues et vécues par Katniss comme une stratégie, et non comme naturelles, innées. Les multiples rappels à l’ordre du genre ne font que renforcer l’idée que celui-ci est un système de normes et de contraintes, et non un donné biologique; mais si les normes de genre sont construites, elles sont aussi manipulables, et Katniss l’a bien compris. Nous verrons dans la deuxième partie de cet article que le genre est une performance dans laquelle le corps tient une place primordiale.

AC Husson

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7 réflexions au sujet de « Jouer le jeu du genre: Katniss et les Hunger Games (1/2) »

  1. Très bonne analyse !
    Qui ne fait qu’appuyer mon avis comme quoi HG est sans doute un des futurs très grands classiques de la littérature jeunesse/ado.
    Je suis impatiente de savoir ce que tu vas pouvoir tirer du personnage de Finnick Odair, qui renverse lui aussi plusieurs codes des genres : il est la récompense sexuelle, il est le physique admiré ; un rôle typiquement féminin puisque ce sont les femmes qui, d’habitude, se « battent » avec leurs charmes et/ou en sont « victimes ».

    1. Merci! Je pense m’en tenir au 1er tome, en tout cas pour le moment. Il faudrait certainement traiter le 2 et le 3 ensemble, mais le 1 est tellement différent (et meilleur…) que je trouve qu’il mérite un traitement à part. J’y réfléchirai peut-être une fois le prochain film sorti ;-)(il s’annonce bien d’ailleurs!)

      J’ai pensé à Finnick en écrivant le paragraphe sur l’érotisation des tributs filles lors de l’interview. Lui avait lui aussi adopté cette stratégie… Comme tu l’écris, il renverse les normes de genre, mais il a l’air d’être une exception et il est traité comme tel dans le roman, il me semble.

  2. Bonjour !

    Tout d’abord, je me dois de préciser que je n’ai pas lu les romans ni vu les films, je souhaitais simplement réagir à certains points de cet article. 🙂

    La réflexion sur les normes de genre que semble mener Hunger Games a l’air des plus intéressantes, mais en lisant la partie de l’article consacrée aux raisons pour lesquelles Katniss est un bon personnage féminin, j’ai ressenti un certain malaise : Katniss est une héroïne forte… parce qu’elle est plus « masculine » que « féminine » ?

    J’ai bien conscience que l’idée était de montrer comment ce personnage démontait les clichés associés aux représentations du genre, mais je ne peux pas m’empêcher de trouver que cela va main dans la main avec une valorisation des traits de caractères dits masculins et une dévalorisation de ceux dits féminins. Cette impression se renforce lorsque le personnage de Peeta est critiqué dans l’avant-dernier paragraphe – personnage qui se trouve posséder des caractéristiques plus « féminines » que « masculines ».

    Est-ce qu’un personnage féminin ne peut pas être fort sans se calquer sur les normes d’un héros masculin ? Par ailleurs, vous précisez que les seules personnes à avoir une influence sur Katniss sont des hommes, jamais des femmes. N’est-ce pas une reproduction du schéma classique de la supériorité masculine sur la femme ? Ce qu’elle est, ne le doit-elle pas aux hommes, et uniquement aux hommes ?

    Encore une fois, j’avance ici en aveugle, et il est très probable que mon interprétation ne soit due qu’à ma méconnaissance de l’œuvre. Je m’en remets à vous pour éclairer ma lanterne. 🙂

    1. Je vais être honnête: j’espérais qu’on ne me ferait pas cette remarque 🙂 J’y ai pensé seulement après avoir publié l’article et je n’ai pas vraiment de manière satisfaisante d’y répondre.

      D’un côté, je crois que l’important, c’est que Katniss, par son caractère et par ses actions, échappe en partie aux normes de genre: elle ne passe pas d’un genre à un autre, elle transcende cette distinction. Le roman présente cela naturellement, sans en faire tout un foin, si je puis dire: il n’en fait pas des tonnes sur l’aspect transgressif du personnage, la transgression est là, c’est tout. La force du personnage réside en partie dans le fait que Katniss n’est pas limités aux rôles traditionnels féminins, elle peut jouer avec les normes de genre, ce qui ouvre toute une gamme de possibilités que le roman explore intelligemment.

      Le genre n’est pas contraignant que pour les femmes, c’est valable aussi pour les hommes. Du coup, dès qu’un personnage (pour rester dans le domaine de la fiction, mais on peut bien sûr appliquer cela à la réalité) échappe ne serait-ce qu’un minimum à ce que j’appelle les rôles de genre, cela multiplie les possibilités de choix et d’actions. Prenons par exemple le personnage d’Harry Potter: je pense qu’une des raisons de son succès est qu’il ne correspond pas au héros masculin traditionnel. C’est un personnage sans cesse confronté à ses émotions et qui ne les réprime pas, au contraire. C’est un personnage qui pleure, qui s’interroge, qui ne recourt pas systématiquement à la force pour régler ses problèmes. On peut donc dire, je pense, qu’il échappe en partie, lui aussi, aux normes de genre.

      D’un autre côté, oui, c’est vrai, Katniss est pour moi un personnage fort en partie parce qu’elle incarne des valeurs traditionnellement masculines, et vous avez tout à fait raison quand vous écrivez que j’entérine par là « une valorisation des traits de caractères dits masculins et une dévalorisation de ceux dits féminins ». Le pouvoir est associé dans notre culture à des valeurs considérées comme masculines: la force, l’autorité, le courage, la capacité à ne pas se laisser guider par ses émotions… Je ne dis pas que cela est justifié, je ne fais qu’un constat, mais évidemment on ne devrait pas se satisfaire d’une dichotomie faible / fort qui recouperait grosso modo une dichotomie féminin / masculin. Il est très important, comme vous le dites, qu’on n’impose pas aux femmes de se plier aux normes masculines pour accepter de les reconnaître comme « fortes ».

      Cela dit, Katniss ne se comporte pas « comme un homme », elle n’est pas dans l’imitation. Elle est forte, c’est tout, et peut-être que l’angle que j’ai choisi ne rend-il pas totalement justice à cela. Mais une manière pour les femmes de dépasser cette dichotomie est de réclamer (au sens de « reclaim » en anglais) les valeurs qu’on associe traditionnellement à la virilité et à la force pour en faire disparaître le caractère genré. À force de transgression, les frontières entre féminin et masculin perdent de leur sens, et c’est une bonne chose si l’on considère à quel point les rôles de genre peuvent être aliénants.

      Une remarque pour Peeta: ma critique du personnage n’est pas liée, comme cela pourrait le paraître, au fait qu’il incarne certaines valeurs plutôt féminines – au contraire: j’apprécie cet aspect du personnage, et il a une influence positive sur Katniss dans la mesure où il lui montre qu’elle peut exprimer ses émotions sans perdre pour autant son intégrité. Ses sentiments la rendent certainement vulnérable, mais ils la rendent aussi extrêmement courageuse (elle se porte volontaire pour sauver sa soeur) et complexe.

      J’espère que c’est suffisamment clair… et aussi qu’avoir lu cet article ne vous empêchera pas de lire le roman 😉

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