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Cette « horrible bonne femme » de Dolores Ombrage (Harry Potter et le genre – 3)

A Cultures G, on est fan d’Harry Potter (presque) depuis le premier jour. Et, pour notre plus grand plaisir, c’est un livre où les personnages féminins sont nombreux et originaux. Mais à y regarder de plus près, J.K. Rowling remet-elle vraiment en cause les répartitions traditionnelles entre les genres et les stéréotypes qui les concernent? C’est une question que nous comptons traiter dans toute une série d’articles. Aujourd’hui : le cas de Dolores Ombrage.

*

« Hum hum ! » : une présence qui en impose

 Quand bien même Dolores Ombrage n’apparaît qu’à partir de L’Ordre du phénix, elle est un personnage majeur de Harry Potter. Il faut saluer l’importance de cette présence féminine : pendant un tome, de son apparition à l’audience au Ministère jusqu’à son séjour à l’infirmerie de Poudlard, Dolores est l’adversaire numéro 1 de Harry, ce que même l’apparition rituelle de Voldemort à la fin du tome ne parvient pas à faire oublier.

Les titres des chapitres à eux seuls sont éclairants sur l’importance de son rôle. Trois d’entre eux, rien que ça, la désignent explicitement : « Le Professeur Ombrage », « Retenue douloureuse avec Dolores » et « La Grande Inquisitrice de Poudlard ». L’action tout entière de L’Ordre du phénix est un bras de fer entre Harry (et ses acolytes) et Ombrage, orchestré dans une succession d’attaques/ripostes/dérobades : à un geste de dissidence, Ombrage réplique aussitôt par un décret. Alors oui, l’autorité peut être féminine dans Harry Potter, tout comme le pouvoir, tout comme la méchanceté.

Dolores Ombrage est d’autant plus remarquable qu’elle est la première (et la dernière) femme à occuper le poste de Défense contre les forces du Mal. Si Poudlard compte un nombre important de professeures (la parité est globalement respectée), le poste de Défense reste, à l’exception d’Ombrage, toujours masculin.

L’importance de son personnage dans l’économie de l’action donne également lieu à un nombre important de dialogues femme/femme, par ailleurs extrêmement rares dans le reste de Harry Potter (ce point sera abordé dans un futur article). Hermione la remet sans cesse en question pendant les cours et, durant ses inspections, Dolores a l’occasion de s’entretenir avec les professeurs McGonagall et Trelawney, ce qui donne lieu à des scènes longues et développées. C’est l’occasion pour nous lectrices/teurs d’avoir sous les yeux un panel varié de personnages féminins, contrastés quant à leurs caractéristiques et leurs valeurs.

Mais bien sûr, outre cette présence cruciale pour l’action, il y a chez Dolores, en tant que personnage, des éléments qui vont chercher du côté des clichés de genre.

Une « vieille tante célibataire » ?

Ombrage possède beaucoup de caractéristiques du stéréotype de la vieille fille. Tout d’abord, son portrait est loin d’être flatteur (le point de vue est, comme d’habitude, celui de Harry) :

« Avec sa silhouette trapue, sa grosse tête flasque sur un cou quasi inexistant, comme celui de l’oncle Vernon, sa bouche large et molle, elle ressemblait à un gros crapaud blanchâtre, pensa t-il. Ses grands yeux ronds sortaient légèrement de leurs orbites et le petit nœud de velours noir perché sur ses cheveux courts et bouclés avait l’air d’une grosse mouche qu’elle s’apprêtait à attraper d’un coup de langue visqueuse. »

Le choix de ses vêtements va aussi dans ce sens. Lors de la cérémonie de la répartition, Ombrage porte « un horrible bandeau rose, genre Alice aux pays des merveilles, assorti à son cardigan de laine pelucheuse, également rose, qu’elle portait par dessus sa robe. »

Ses goûts sont tout aussi kitsch en matière de décoration. En témoigne la description de son bureau lorsqu’Harry s’y aventure pour les besoins d’une retenue. « Des étoffes ornées de dentelles recouvraient tout, des vases de fleurs séchés étaient posés sur de petits napperons et un mur entier était occupé par une collection d’assiettes ornementales qui représentaient des chatons aux couleurs criardes. »

Une expression résume assez bien l’impression d’ensemble : Ombrage a « une mine de vieille tante célibataire ». Rowling a sans doute recours au cliché pour qu’une image du personnage surgisse immédiatement dans notre esprit. Et en effet, Ombrage correspond en grande partie à ce cliché : il ne lui manque ni les chats (certes réduits à des images), ni le service à thé, ni les vêtements roses, ni le « ton minaudant », ni la « voix de petite fille ».

On croise quelques personnages de femmes seules et « middle-aged » dans Harry Potter. Parmi celles que j’ai pu recenser : Mrs Figg et Marjorie Dursley, plus connue sous le nom de Tante Marge. Mrs Figg est la voisine des Dursley : sa présence ressurgit de façon inattendue dans L’ordre du phénix quand celle-ci annonce à Harry qu’elle est une Cracmolle. Quant à la tante Marge, elle est la sœur de Vernon Dursley.

Toutes ces femmes semblent appartenir peu ou prou à la même génération, impression certes influencée par le film qui fait le choix d’actrices ayant bien entamé leur cinquantaine. Si la Tante Marge est née entre 1940 et 1950 (elle a donc une cinquantaine d’années au moment du déroulement de l’action), on ne peut que deviner l’âge d’Ombrage et de Mrs Figg, non renseigné par Rowling.

Leur autre point commun est d’être « seules », c’est-à-dire sans homme à leur côté. Jamais il n’est fait mention d’un quelconque mariage d’Ombrage ; la tante Marge est célibataire, quant à Mrs Figg, elle est veuve.

Mrs Figg (Kathryn Hunter)
Mrs Figg (Kathryn Hunter)

 Est-ce qu’il fait bon être vieille et célibataire chez J.K. Rowling ? Pas vraiment… Mrs Figg se révèle un bon appui de temps à autre, quoique simplette et un peu répugnante : Harry passe de douloureux moments dans son appartement rempli de chats quand les Dursley partent en vacances (L’école des sorciers). Quant à la tante Marge, qui fait une apparition fracassante dans Le prisonnier d’Azkaban, c’est une éleveuse de bulldogs insultante et méprisante, que Harry finit par « gonfler » de colère après que celle-ci a insulté ses parents. Si Ombrage ressemble à un crapaud visqueux, la tante Marge cultive la ressemblance avec ses propres chiens.

De plus, outre la tante Marge, il existe un autre personnage de tante revêche dans Harry Potter : la « tante Muriel », tante de Molly Weasley et grand-tante des enfants Weasley, certes plus vieille que les personnages que l’on vient de citer (elle a près de cent ans lors de l’action). Friande de réflexions désagréables, régulièrement moquée par les jumeaux, elle apparaît en pointillé dans l’action des livres. Son grand moment reste le mariage de Bill et Fleur, où elle peste contre à peu près contre tout et tout le monde.

Tante Muriel (Matyelok Gibbs)
Tante Muriel (Matyelok Gibbs)

Ombrage s’inscrit dans la lignée de ces personnages voisins : elle combine globalement l’autoritarisme pervers de la Tante Marge, l’apparence inoffensive de la « mamie à chats » qu’est Mrs Figg et même le goût de Muriel pour les vêtements rose (celle-ci a l’air d’un « flamand grincheux » lors du mariage de Fleur et Bill)…

2320942847_small_1 dolor_s_ombrage_imelda_staunton1_portrait_w532Des sœurs cachées ?

Mais plus que le côté Mrs Figg ou Tante Muriel, c’est le côté méchant de la Tante Marge qui prédomine chez « cette horrible bonne femme » qu’est Ombrage, cela parce qu’aucun des personnages n’est longtemps dupe de ses abords inoffensifs. Physiquement, les actrices choisies et grimées pour les besoins des films, Pam Ferris et Imelda Staunton, cultivent les ressemblances : coupe courte et peu flatteuse, silhouette forte et trapue (quoique Marjorie Dursley soit bien plus grande), visage bouffi (il y aurait d’ailleurs un point à faire sur la grossophobie latente dans Harry Potter). Et le narrateur parle bien de « tante célibataire » pour nous décrire Ombrage, comme si  le lien entre les deux femmes s’était fait jusque dans l’imaginaire du livre, sans parler de cette fameuse « absence de cou », qui rapproche physiquement Ombrage des Dursley (voir la première description d’Ombrage: « un cou quasi inexistant, comme celui de l’oncle Vernon »).

Le pouvoir de Dolores

 Un autre point commun entre Ombrage et la tante Marge est le fait qu’elles sont à la tête de leurs affaires. Elles exercent toutes deux un pouvoir perçu comme négatif par le petit monde de Harry. La tante Marge règne d’une main de fer sur son élevage de bulldogs et son autoritarisme déteint non seulement sur elle, décrite comme grossière, mais aussi sur les rapports qu’elle entretient avec Harry (« S’il y a quelque chose de tordu chez la mère, on retrouvera la même tare chez ses chiots »).

Le pouvoir d’Ombrage, quant à lui, s’exerce à l’échelle de Poudlard : elle est successivement Professeur, « Grande inquisitrice » et enfin Directrice. Beaucoup de lectrices/teurs voient en elle la véritable méchante de Harry Potter, parce qu’elle incarne un mal beaucoup plus « réaliste », beaucoup plus proche de nous (puisque logé au cœur de l’institution scolaire et gouvernementale du monde des sorciers) que ne le sont les croisades clandestines de Voldemort le hors-la-loi. Le pouvoir qu’elle exerce est aussi particulièrement pervers, caché sous un vernis de mièvrerie. Voldemort, quoique bavard et méticuleux, fait le mal sans trop tourner en rond. Ombrage, elle, est une pro de la torture aux petits oignons (ne s’appelle t-elle pas Dolores, douleur en espagnol ?). Dans le film de David Yates, elle est au bord de la jouissance lorsque Harry grave à la plume magique « I must not tell lies » sur sa main.

Il est flagrant de constater à quel point ces figures de femmes de pouvoir (même si elle ne l’exercent pas à la même échelle), Marge et Dolores, véhiculent des stéréotypes.

Bien sûr, il n’y a pas de problème à créer, en soi, un personnage féminin puissant et négatif : au contraire, cela montre qu’un personnage féminin peut endosser toutes les valeurs, qu’il est porteur d’autant de potentialités narratives qu’un personnage masculin. En outre, la question du pouvoir comme en soi négatif est très présente dans Harry Potter et dépasse le cadre de notre article : le pouvoir est vu avec méfiance, incarné par des Ministres de la magie veules et mondains, par Voldemort et même par Dumbledore qui a sacrifié sa famille à son ambition. Autrement dit, le pouvoir malfaisant n’aurait pas de sexe.

Mais la question du pouvoir au féminin reste problématique quand elle met en résonance des clichés nés d’un imaginaire (limité) de la femme de pouvoir : vieillissante, repoussante, masculine (valable uniquement pour la tante Marge, explicitement décrite dans Le Prisonnier d’Azkaban comme la version féminine de l’oncle Vernon, à laquelle il ne manque même pas la moustache) et célibataire…

Le pouvoir semble faire des femmes qui l’exercent des figures standard qui véhiculent le mépris voire la cruauté. On ne trouve pas du côté féminin l’incarnation d’un pouvoir aussi complexe et nuancé que celui de Dumbledore. McGonagall, rare figure féminine positive d’autorité et de sagesse (et âgée), aurait été idéale pour un rôle de ce type. Une façon de lui faire exercer un pouvoir à plus haut niveau et à plus fort impact que celui de Professeur ou de Directrice de la maison des Gryffondor, aurait été de la faire Directrice. Mais c’est une image reléguée hors des livres.

Autre aspect dérangeant du pouvoir, cette fois du côté d’Ombrage seulement : son côté castrateur. En cohérence avec les directives du Ministère qui tient à étouffer le retour de Voldemort, Ombrage ôte tout le côté physique et pratique à la Défense contre les forces du mal. Elle lui préfère la théorie, qu’elle dispense à travers le soporifique ouvrage de Wilbert Eskivdur, Théorie des stratégies de défense magique. Autre indice allant dans ce sens, à un niveau plus symbolique : la baguette d’Ombrage est « étonnamment courte ». Pourquoi ? Sans doute parce qu’elle ne s’en sert pas beaucoup… (Du coup, ça rétrécit ? Bref.) Par conséquent, rien d’étonnant à ce qu’au début de chaque cours, elle demande invariablement aux enfants de « ranger leurs baguettes ». Et bien sûr, c’est un homme, Harry lui-même, qui redonnera à la Défense contre les forces du mal son vrai nom en créant l’Armée de Dumbledore, une invention qu’Hermione lui a suggérée.

Est-ce un hasard que ce soit une femme qui dévitalise ainsi cette discipline et encore plus grave, que jamais une femme n’occupe ce poste dans tout ce qu’il implique de physique, comme si un personnage féminin en était incapable ?

Le châtiment de Dolores Ombrage

Pour conclure cet article, il faut parler d’un dernier élément en apparence annexe à ces questions de stéréotypes mais qui pour moi, fait totalement partie de la construction problématique de ce personnage de « méchante ». Il s’agit de la façon dont Ombrage est vaincue.

Dans le livre, Ombrage est attirée dans la Forêt interdite par un stratagème d’Hermione et se retrouve nez à nez avec les centaures. Bien sûr, le face-à-face est houleux et pour l’empêcher de nuire davantage, le centaure Bane l’emporte dans la forêt. Après une longue ellipse, on retrouve Ombrage alitée à l’infirmerie, où en « état de choc » mais quoiqu’ « intacte par ailleurs », elle ne dit « plus un mot ». Ron s’amuse à imiter des bruits de sabots pour lui faire peur.

Voici la scène du film, où c’est toute la horde des centaures qui s’empare d’Ombrage sous les yeux indifférents d’Harry et Hermione.

N’y a t-il pas quelque chose de dérangeant dans ce passage, et plus encore dans le film où c’est toute la horde qui enlève Ombrage ? Je ne suis pas la seule à y voir lu et vu, en creux, l’amorce d’une scène de viol. Beaucoup d’articles et de posts de blog vont dans le sens de cette interprétation.

Cette impression qu’il y a un viol passé sous silence n’est pas pure chimère : elle naît non seulement du contexte immédiat du livre mais aussi de sources culturelles. Pour ce qui est du contexte, on sait qu’Ombrage voue une haine profonde aux « hybrides ». Loups-garous, géants ou demi-géants, centaures, tous font l’objet de son mépris. Lupin déplore qu’elle ait fait passer une loi qui lui complique encore plus la tâche pour trouver un travail et Hermione remarque finement qu’Ombrage essaye de faire passer Hagrid pour un « troll demeuré uniquement parce que sa mère était une géante ». Quant aux centaures auxquels elle fait face à la fin de L’ordre du phénix, ils se font traiter « d’hybrides répugnants », de « bêtes » et « d’animaux incontrôlables ». Dans ce cas, il est clair qu’Ombrage est punie par les êtres qu’elle déteste le plus au monde. Ne serait-ce pas pour elle le châtiment suprême d’être en plus violée par eux, dans une union qui lui serait insupportable parce que « contre nature » ? Je ne cherche pas ici à justifier le châtiment d’Ombrage, juste à comprendre d’où peut naître cette impression qu’il y a un viol qui se prépare. En faisant silence sur ce qui s’est passé, J.K. Rowling crée une situation désagréablement ambiguë.

Pour ce qui est des connotations culturelles, la mythologie grecque fait du centaure une créature généralement violente, notamment à l’égard des femmes. On connaît la tentative de viol de Nessus sur Déjanire, la femme d’Hercule ou celle d’Eurytos sur Hippodamie, violence qui déclenche le combat contre les Lapithes. Rien d’étonnant donc à ce que des images de ce type se greffent sur celles de L’ordre du phénix et que nous ayons le sentiment que quelque chose de choquant est sur le point d’arriver dans cette scène. Et ce quelque chose ne passe pas : la pire des méchanceté n’autorise pas tout châtiment. N’est-ce pas Harry, Hermione ?

Chalcédoine

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12 réflexions au sujet de « Cette « horrible bonne femme » de Dolores Ombrage (Harry Potter et le genre – 3) »

  1. Article intéressant, notamment sur l’aspect castrateur d’Ombrage, mais malheureusement je le trouve assez incomplet :/

    Je trouve le rôle de McGonagall évacué bien rapidement dans cet article, alors qu’elle me semble être clairement un « miroir » d’Ombrage à certains moments.Le parallèle est assez fort dans le livre, notamment grâce aux dialogues entre ces deux figures…

    De même, si on évoque des personnages de célibataires aussi secondaires que la tante Marge, pourquoi ne pas rappeler que McGonagall aussi est une vieille tante célibataire (veuve) ? Il y a aussi Rita Skeeter, même si elle est un peu plus jeune, elle préfigure Ombrage par pas mal de points je trouve (déformation de la vérité, goûts vestimentaires douteux et signe de méchanceté, rôle négatif, soif de pouvoir…)

    Et si on évoque des personnages aussi secondaires que la tante Marge, pourquoi ne pas parler de Madame Maxime ? Elle n’est pas vraiment une vieille tante célibataire, mais elle reste libérée sexuellement (donc pas dépendante d’un homme, surtout dans la Coupe de Feu), assez âgée, directrice d’école (= figure de pouvoir) et son rôle est clairement positif, une sorte de super McGonagall française sans Dumbledore en fait…

    Voila, c’était juste un petit complément pour les lecteurs que ça pourrait intéresser 😉 (je suis sûre que j’en oublie encore un tas…)

    1. Merci beaucoup pour tous ces compléments. Je suis d’accord pour ce qui est de McGonagall (même si la densité de sa vie sentimentale l’éloigne des figures aigries que sont Ombrage et Marge) et de Rita Skeeter (même si on sort de la catégorie d’âge), mais pas vraiment pour Madame Maxime. Certes, c’est une directrice, mais pour ce qui est de son influence sur l’histoire globale, elle fait pâle figure à côté d’Ombrage qui est un personnage indispensable à l’action. En gros, c’est bien qu’il existe de tels contrepoints mais quel est leur importance à l’échelle de l’action? De tels personnages ne peuvent seulement avoir le mérite d’exister, il faudrait qu’ils soient mis en avant.

  2. Heu, un viol qui s’annonce? Je n’ai jamais eu cette impression et mes copines non plus. Votre article est très intéressant mais me semble parfois exagéré dans ses conclusions. Ainsi, il y a eu un autre professeur de défense contre les forces du mal qui a vidé le cours de sa substance ( celui qui lance le sortilège oubliette); il me semble bien que Mac gonagall finit directrice de Poudlard, et physiquement, le rat de Ron porte tous les stigmates de la veulerie sous sa forme humaine (une sorte de  » mochophobie » caractériserait donc les méchants). Il est évident que les représentations genrées ont une influence sur les histoires et il me semble aussi évident qu’elles ont leurs limites.
    En tout cas, merci pour ces pistes de reflexions! 🙂

    1. Je réponds, bien que je n’ai pas écrit à l’article. Pour les points de détail : oui MacGonagall finit directrice mais…on ne la voit jamais à l’oeuvre, c’est ce que dit Chalcédoine quand elle nous renvoie à un univers « hors des livres ». Quant à Ombrage, ce n’est pas seulement qu’elle vide le cours des forces du mal de sa substance, mais qu’elle le limite à son aspect théorique : aux femmes la théorie, aux hommes la pratique, et le courage…et ceux qui sont peureux sont méprisables (mais c’est un autre débat).
      Pour le viol : exagéré, vraiment? En regardant l’extrait, j’ai froid dans le dos en voyant Ombrage emmenée de force par des hommes-« chevaux » (et on sait quelles comparaisons sexuelles sont souvent faites avec les chevaux!). Surtout, relisez la description d’Ombrage après son traumatisme : cela ressemble beaucoup aux descriptions que l’on fait de femmes (ou d’hommes) traumatisé-e-s après un viol. Je vous conseille de lire les liens publiés par Chalcédoine à la fin de l’article, ils vous éclaireront sur la question.

      1. Je complète pour ce qui est de « vider le cours de sa substance »… En effet, le cours de Lockhart est absolument nul, mais ça reste bien de la pratique… et même très sportive (voir l’épisode des lutins bleus)!

  3. Chalcédoine je suis d’accord sur tous les points avec ton article et ses nuances. C’est vrai que MacGonagall est un personnage fort mais renvoyée à l’imagination du lecteur par le « hors livre » et elle reste souvent dans l’ombre de Dumbledore ne serait-ce que par son admiration pour lui. C’est finalement Hermione qui reprend quelques unes de ses superbes caractéristiques mais en développés.

    Quand au viol, je l’avais interprété comme ça à la lecture moi aussi. Dans mon entourage beaucoup d’ami-e-s ne relisent pas le tome 5 car elles/ils le trouvent extrêmement dérangeant sur de nombreux points. Malsain. La figure d’Ombrage et sa perversité me semble donc indéniablement perturbantes. (Je trouve d’ailleurs Bellatrix beaucoup moins impressionnante car comme Voldemort finalement assez basique dans ses objectifs: faire le mal. Point.) J’aime beaucoup ta dernière réflexion sur « la pire des méchancetés n’autorise pas tous les châtiments ». Il faudrait voir si J.K Rowling s’exprime sur ce personnage notamment dans Pottermore puisqu’elle parle plus volontiers du sous-texte d’Harry Potter à présent. Ce serait assez son genre d’évoquer un viol sans le dire, tout comme sous-entendre l’homosexualité de Dumbledore sans jamais l’écrire. Je m’interroge donc.

    Même si Ombrage reste dans le cliché je suis tout à fait d’accord sur ce que tu dis sur le pouvoir et la méchanceté inhérente à ce dernier qui finalement n’a pas de sexe. C’est au moins un point extrêmement fort chez J.K Rowling, les femmes ne sont pas que douceur et gentillesse. Il y avait l’article sur les mères, pour le coup Dolorès se situe complètement à l’inverse en torturant des enfants. Il n’y a pas d' »instinct maternel » (qui n’existe pas d’ailleurs) pour ce personnage.

    Bref, je m’arrête là et j’attends les prochains articles avec impatience.

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire! J’aime bien ton idée de voir en Hermione un aboutissement de toutes ces possibilités vues chez McGonagall (dont l’intégrité et l’intelligence)… Pour ce qui est de Rowling, beaucoup d’articles (dont certains que j’ai mis en lien) s’interrogent sur ce qui lui est passé dans la tête quand elle a écrit cette scène et pensent qu’elle le pouvait pas ne pas concevoir qu’il y avait un problème, y compris sur le plan du personnage d’Hermione, qui, vu son intelligence, ne pourrait pas ne pas imaginer ce qui va arriver à Ombrage. Est-ce que Rowling cautionne ce qui est arrivé à Ombrage? J’espère que non…

  4. Ce serait en effet très dérangeant…je vais aller lire les articles.

    J’aimerai aussi rebondir sur l’un des commentaires précédents qui aborde Madame Maxim. Oui c’est une femme de pouvoir et elle n’est pas négativement connotée et est même au contraire indépendante et bien campée mais justement, elle n’est jamais décrite comme une vieille fille à la différence d’Ombrage donc elle échappe à ce cliché là. En revanche elle est très masculine parce que très grande et demie-géante et n’échappe donc pas à celui qu’une femme forte a quelque chose de masculin. On associe plus facilement Madame Maxim à Hagrid qu’à McGonagall alors même qu’elles ont beaucoup en commun. C’est uniquement son côté demie-géante qui la rapproche d’un personnage comme Hagrid qui n’est jamais décrit comme un dirigeant ou une tête pensante.
    Son personnage perd aussi un peu de force lorsqu’elle est caricaturée notamment parce qu’elle parle mal l’anglais ou parce qu’elle est Française. J.K. Rowling aime la France mais en bonne anglaise s’en moque avec parfois un poil de condescendance. Lorsqu’elle agit pour le compte de l’Ordre, elle est aussi très diminuée. En effet c’est toujours Hagrid qui parle de leur travail, jamais on ne voit Madame Maxim faire un compte-rendu de ses actions. C’est dommage, le devant de la scène est souvent laissé aux hommes du coup alors même qu’il y a d’excellents personnages féminins.

    1. Je suis globalement d’accord avec toi! Madame Maxim finit par se fondre dans l’ombre d’Hagrid dès qu’ils forment un couple. On ne la voit plus directement d’ailleurs, c’est Hagrid qui raconte ce qui leur arrive. Et je suis aussi d’accord pour ta remarque finale : beaucoup de personnages féminins ont un potentiel énorme mais restent en retrait.

  5. Bonsoir !
    J’ai trouvé ta série d’articles très intéressante, bien que je ne sois pas toujours d’accord avec ta réflexion. Un point me chiffonne particulièrement et m’incite à commenter, il s’agit du supposé viol d’Ombrage.
    Je suis allée lire les articles que tu as mis en lien, et tous partent du même principe pour construire leur théorie : dans la mythologie, les centaures sont des violeurs. Or pour moi, c’est mal connaitre l’oeuvre de Rowling que de considérer que ses personnages sont bons ou méchants « par nature ». L’exemple de Lupin, un loup-garou censé être sanguinaire, est le plus parlant.
    En s’inscrivant davantage dans le contexte, si on peut comprendre que Hermione et Harry laissent Ombrage à son triste sort (quel qu’il soit) pour sauver Sirius, il me semble plus surprenant que Hermione, qui sait tout sur tout, laisse Ron se moquer impunément du traumatisme subit par Ombrage (en imitant le bruit des Centaures, dans la scène de l’infirmerie) tout en sachant qu’elle vient de passer des heures avec des créatures réputées pour être des violeurs.
    Je ne nie pas l’existence de viols dans HP (Tom Jedusor Sr notamment), mais les violences subies par Ombrages ne me semblent pas en faire partie.

    1. Merci pour ton commentaire. Je suis d’accord sur l’idée qu’il n’y a pas de méchants par nature chez Rowling, mais, malgré cela, les centaures restent quand même très en marge du monde des sorciers. Ils en sont exclus, vivent entre eux et se méfient des humains, à la différence de Lupin et Hagrid qui, si leur vie n’est pas facile, vivent avec les sorciers.
      Sinon, que s’est-il passé selon toi dans la Forêt s’il n’y a pas eu viol? Ils ont frappé Ombrage? Ils lui ont fait la leçon? La description d’Ombrage à l’infirmerie fait ressortir qu’elle a subi « un choc » alors qu’en apparence, elle n’a aucun dommage (ce qui invalide au passage l’idée qu’ils auraient pu la battre). Ca ressemble quand même pas mal à une image d’après viol. Mais, je te l’accorde, on ne pourra jamais trancher, jamais l’affirmer avec certitude. Et finalement, c’est bien ça qui est dérangeant, c’est que Rowling ne dise rien et que, du moins selon moi, tous les indices soient là.

      1. Sur les centaures, je n’ai aussi rien vu dans l’oeuvre de Rowling qui laisse penser que ce soit des violeurs. S’ils avaient cette réputation, je crois que quand Dumbledore recrute un centaure pour donner des cours de divination aux élèves, cela aurait provoqué un véritable tollé comme pour Hagrid quand son ascendance avec les géants est révélé. Là, rien du tout à part le dégoût d’Ombrage qui est vu comme une marque de racisme.
        La marginalité des centaures me semble plus due au fait qu’il s’agit d’êtres fiers refusant le joug des sorciers qui sont présentés comme un groupe assez méprisant des autres créatures magiques (elfes, gobelins etc.). Rowling nous montre les différentes relations des sorciers avec les autres créatures : esclavage pour les elfes, cohabitation légèrement empreinte de domination avec les gobelins (qui gardent l’argent mais n’ont pas le droit d’avoir de baguette), guerre avec les géants, exclusion des loups garous et marginalité (choisie) des centaures. Je ne crois pas qu’il faille y voir la preuve que les centaures sont des créatures dangereuses, mais plus comme la preuve du racisme profond de la société sorcière.
        De plus sur le viol, Greyback, le loup garou, est clairement montré comme un violeur potentiel. Il s’attaque en priorité aux femmes et aux enfants et quand il veut s’en prendre à Hermione, les phrases sont très ambiguës.
        En outre, quand Abelford laisse entendre que sa soeur Ariana a été violée par des moldus (ce n’est pas dit clairement, mais là, il est clair que l’état d’Ariana est très significatif des victimes de viol), Ron et Hermione ont une réaction si horrifiée que cela semble très contradictoire avec la moquerie sur Ombrage, même si Ombrage est une « horrible bonne femme ».
        Effectivement, l’absence de blessure visible d’Ombrage peut être troublante, mais j’y ai plus vu le signe que les centaures étaient plus intimidants que réellement violents et que malgré le racisme d’Ombrage, ils ne lui avaient pas réellement fait de mal.
        Quant à l’extrait du film, les films me semblent de toute façon trop éloignés du texte de Rowling (il y aurait fort à dire sur la façon dont les personnages d’Hermione et de Ginny ont été transformés pour l’adaptation cinématographie) pour en tenir compte.

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